Pour parler natalité, il faut d’abord parler égalité.
La fécondité a été mise à l’agenda, sans parler de la réalité des femmes qui assument majoritairement les 78 000 naissances, chaque année.
Alors, soit, parlons de fécondité, mais parlons vrai.
Parler fécondité, c’est consacrer plusieurs dizaines d’heures pour aller à tous ses rendez-vous de grossesse - sans rémunération. C’est porter des grossesses dont il n’est pas possible de connaître ni l’ampleur ni l’issue - mais qui ont des impacts importants sur la santé et la capacité de travailler. Réalisez la situation : l’année qui précède la naissance, les femmes enregistrent une perte de revenus de 20%.
Parler fécondité, mais parler vrai.
Parler fécondité, c’est parler d’accouchements respectés. Il est encore impossible d’accoucher comme on le souhaite, près de chez soi, dans un hôpital ou une maison de naissance, dans plusieurs régions du Québec. Ces décisions politiques sont sans égard pour le processus intense de la naissance et les risques sur la santé de la mère et de l’enfant.
Parler fécondité, mais parler vrai.
Parler fécondité, c’est reconnaître la trajectoire économique pénalisante pour les femmes. La baisse de revenus durant l’année qui précède la naissance diminue nos prestations RQAP l’année suivante. Le congé parental creuse une perte de revenus de 49%. Nos retraites sont ensuite plombées par ces années consécutives de perte financière. Faites le calcul : revenus moindres pendant la grossesse et le congé parental, épargne diminuée, cotisations diminuées au Régime des rentes du Québec et droits de cotisation REER inéligibles durant le congé parental.
Parler fécondité, mais parler vrai.
Ce cycle d’appauvrissement, qui débute à la grossesse, est brisé seulement si une place poupon est disponible au moment du retour au travail. Une place de confiance - qui mise sur la qualité et qui est aussi abordable, inclusive, accessible - dans un milieu éducatif qui répond aux besoins des familles et où le personnel éducateur est formé, reconnu et valorisé dans sa profession.
Parler fécondité et parler réalité, c’est constater qu’à partir de deux enfants, le revenu des mères ne rattrape jamais celui des femmes sans enfants. Les mères monoparentales, tout comme celles qui comptent trois enfants ou plus, sont celles qui ont le niveau de précarité économique le plus élevé.
Parler fécondité, c’est aussi parler de logements trop chers, de capacité à nourrir sa famille avec des aliments frais, de partage équitable de la charge mentale et de capacité à remplir ses obligations familiales avec les deux jours de maladie et les deux-trois semaines de vacances prévues par la Loi sur les normes du travail.
Parler natalité sans parler de l’atteinte de l’égalité, c’est convenir que la situation actuelle est là pour rester. En 2026, on vit encore dans une société inégalitaire. À quoi bon la natalité, si ce n’est que pour reproduire la pénalité à la maternité sur plusieurs générations?
Sources
1. Naissances et taux de natalité 1900-2025. Institut de la statistique du Québec.
2. Connolly, M., Fontaine, M. M., & Haeck, C. (2020). Les politiques familiales du Québec évaluées à partir des trajectoires de revenus d’emploi des parents et des personnes sans enfant (2020RP-05, Rapports de projets, CIRANO.) https://cirano.qc.ca/fr/sommaires/2020RP-05
3. La Presse. Une leçon de politique. Dossier - En route vers les élections : Mégantic veut sauver son service d’obstétrique. 13 août 2026.
4. Connolly, Marie, Fontaine, Marie Mélanie et Haeck, Catherine. 2018. État des lieux sur les écarts de revenus entre les parents et les femmes et hommes sans enfant au Québec et dans le reste du Canada. Rapport de projet. Montréal: CIRANO.
5. Loi sur les normes du travail, conditions de travail. Québec.

Ce sont surtout les femmes, les familles monoparentales et les régions qui paient le prix fort
Les mères sont en première ligne : 63 % d’entre elles ont dû prolonger leur congé parental, faute de place, et seulement 32 % ont pu reprendre le travail à temps plein malgré le soutien d’un réseau de proches. Ce sont aussi elles qui portent la charge mentale de la recherche et subissent les plus grands impacts psychologiques.
39 % des familles monoparentales et recomposées s’endettent pendant leurs recherches.
Certaines familles de régions sont plus touchées, comme celles de la Côte-Nord en termes de délai entre la date souhaitée et la date d’obtention réelle d’une place en SGEE, celles de l’Abitibi Témiscamingue en termes de perte de revenu et celles de la Côte-Nord en termes d’endettement.

Mais le cœur du problème, ce n’est pas seulement le manque de places.
C’est le manque de personnes qualifiées pour s’occuper de nos enfants.
Des places sont « créées », mais elles n’ouvrent pas, faute de personnel. Cette pénurie de main-d'œuvre, majeure et persistante, remet en question le réel accès aux nouvelles places annoncées depuis le lancement du Grand chantier pour les familles. En février 2024, bien que 239 356 places subventionnées aient été offertes à travers le réseau, seulement 200 256 étaient effectivement occupées. Ainsi, 16 % des places disponibles demeuraient vacantes, ce qui pourrait notamment s'expliquer en raison de la pénurie de personnel.
Et même les milieux existants peinent à maintenir leurs services. En 2024 seulement, 4 000 éducatrices ont quitté le réseau. Surcharge de travail, salaire insuffisant, manque de reconnaissance : ce sont les vraies raisons de cette hémorragie.
Créer des places sans garantir les conditions pour en assurer la qualité, ce n’est pas bâtir un réseau. C’est l’affaiblir. Nous le constatons déjà, par ailleurs, puisque cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée entraîne une instabilité chronique, une pression accentuée sur le personnel restant, des bris de services fréquents et une baisse préoccupante de la qualité éducative.
Pourquoi signer?
Parce que nos réalités doivent entrer dans le débat.
La grossesse représente en moyenne 20 % de perte de revenus, et le congé parental, 49 %. Ces chiffres-là aussi doivent faire partie de la discussion sur la fécondité.
Parce que l'appauvrissement des mères n'est pas une fatalité.
Il commence à la grossesse et se poursuit jusqu'à la retraite.
Parce que plus nous sommes nombreuses, plus on nous entend.
Chaque signature pèse. Une lettre appuyée par des milliers de femmes, des quatre coins du Québec, les élu·es ne peuvent pas l'ignorer.
Parce que signer, c'est refuser que ces inégalités se transmettent à la prochaine génération.
Vous vous reconnaissez dans cette lettre? Ajoutez votre nom. Et invitez trois personnes de votre entourage à en faire autant.
Questions/Réponses
Q : Qui peut signer?
R : Tout le monde!
Que vous soyez mère, future mère, grand-mère, que vous envisagiez d'avoir des enfants ou non, cette lettre vous concerne. L'égalité, c'est l'affaire de toutes et de tous.
Vous pouvez signer en tant qu'individu, mais aussi en tant que représentant.e d'une organisation.
Q : Quelle est la date limite pour signer?
R : Il n'y a pas de date limite.
Q : Qu'allez-vous faire de cette lettre?
R : Nous avions prévu de l'envoyer aux médias pour publication, mais face à leur refus, nous avons décidé de l'envoyer directement aux partis politiques.
Q : Mon nom sera-t-il public?
R : Oui, à moins que vous ne vouliez qu'il reste anonyme.
Si c'est le cas, vous avez l'option de mettre votre prénom et seulement la première lettre de votre nom, ou bien de garder votre nom complètement anonyme.
Q : Comment puis-je aider davantage?
R : En faisant circuler la lettre!
Partagez-la sur vos réseaux sociaux et invitez au moins trois personnes de votre entourage à signer. Plus nous sommes nombreuses, plus notre voix porte.
Q : Puis-je retirer ma signature?
R : Oui, en tout temps avant la publication.
Il suffit de nous écrire à info@maplaceautravail.org et nous retirerons votre nom de la liste.
