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FUTUR EN CHANTIER
Des services de garde éducatifs à l'enfance pensés pour et avec les familles
L’année 2025 s’est imposée comme un moment charnière pour mener à bien cette réflexion collective. Quatre ans s’étaient écoulés depuis la dernière consultation gouvernementale portant sur les SGEE auprès des citoyennes et citoyens. Quatre années également marquées par des promesses gouvernementales de transformation, notamment avec le lancement du Grand chantier pour les familles, sans que les difficultés vécues par de trop nombreuses familles disparaissent pour autant.
À l'aube d'une année préélectorale, il apparaissait essentiel pour Ma place au travail de contribuer au débat public en dressant un nouvel état des lieux du vécu des familles québécoises et en leur donnant directement la parole.
À travers cette démarche, Ma place au travail a cette fois souhaité aller plus loin, en offrant aux parents un véritable espace d’expression sur l’ensemble de leur expérience du réseau : leurs réalités, leurs préoccupations, leurs besoins et leurs aspirations en matière de SGEE.
La consultation a été menée en collaboration avec l'Institut du Nouveau Monde.
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DÉMARCHE PARTICIPATIVE
La démarche de consultation, qui a été réalisée avec l'accompagnement de l'Institut du Nouveau Monde (INM), s'est effectuée en deux étapes.
Phase 1
Août 2025
Phase 2
D'octobre à décembre 2025
Outils de collecte de données
Questionnaire en ligne
Séances de discussions
Nombre de parents joints
970 parents d’enfants âgés de 0 à 5 ans
140 parents, dont presque la totalité ont des enfants âgés de 0 à 5 ans
Régions administratives couvertes
17
13
Collaborations
Organisations partenaires et individus qui ont contribué à faire circuler le questionnaire
Plus de 20 organismes communautaires et un syndicat
Télécharger le rapport de la phase 1
Télécharger le rapport de la phase 2
Cette consultation n’a pas la prétention d’être un sondage scientifique ou d'établir un portrait statistiquement représentatif. L’intention fut plutôt de donner une voix au plus grand nombre de parents, partout au Québec, et de faire émerger des constats à partir de leur vécu. Ainsi, lorsque les termes « parents » et « familles » sont utilisés, ils ne désignent pas l’ensemble des parents et des familles du Québec, mais bien ceux et celles qui ont participé à la consultation.
Une grande majorité de femmes participantes
Malgré les efforts déployés pour assurer une plus grande représentativité des genres parmi les personnes consultées, la vaste majorité des personnes ayant participé au projet sont des femmes.
Ce constat ouvre la voie à deux observations. D’une part, Ma place au travail a avantage à repenser ses stratégies afin de mieux joindre et mobiliser les autres parents (pères et parents s’identifiant à la pluralité des genres) autour des enjeux familiaux liés aux SGEE. D’autre part, ce constat révèle qu’encore aujourd’hui, ces enjeux interpellent et touchent les femmes de manière disproportionnée.

LES GRANDS CONSTATS

DES SERVICES GLOBALEMENT APPRÉCIÉS
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La majorité des parents consultés qui fréquentent actuellement un SGEE se dit globalement satisfaite des services reçus.
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Selon les séances de discussion, l’expérience des familles ayant des enfants à besoins de soutien particulier est cependant plus variable: parcours positifs marqués par une collaboration étroite et un réel souci d’inclusion, ou au contraire manque de compréhension, de sensibilisation ou de formation, pouvant mener à des ruptures de services ou à des retraits de l’enfant.
Selon le questionnaire en ligne, la STABILITÉ DU PERSONNEL représente l’aspect des services associé au plus haut taux d’insatisfaction (20 %).
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Les CPE sont généralement perçus comme des milieux plus structurés et sécurisants, en raison du travail en équipe, de la présence de ressources spécialisées et d’un cadre éducatif plus formalisé. Les parents soulignent notamment la diversité des activités, la continuité des services et l’accès à des ressources supplémentaires pour les enfants ayant besoin de soutien particulier. Et bien sûr, ceux-ci sont d’emblée subventionnés, un aspect crucial pour les parents.
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Les services de garde éducatifs en milieu familial sont appréciés par plusieurs pour leur dimension humaine, la stabilité du lien avec une personne significative et leur flexibilité. Ils suscitent toutefois des inquiétudes, notamment en ce qui concerne l’isolement des responsables, le manque d’encadrement et la qualité des pratiques éducatives. Les heures d’ouverture parfois plus restreintes, l’interruption de services lorsque la personne responsable est en vacances ou en congé et la possibilité de fermeture sont aussi des aspects qui complexifient l’accès et la pérennité des milieux familiaux. Pour toutes ces raisons, même s’ils reconnaissent qu’il existe de très bons milieux, certains parents vont jusqu’à refuser d’opter pour ce type de SGEE. Plusieurs s’en trouvent toutefois contraints vu l’accès plus difficile aux CPE et garderies subventionnées.
Selon la majorité des parents ayant répondu au questionnaire en ligne,
le développement du réseau des SGEE devraIt d’abord miser sur les CPE.

PROCESSUS DE RECHERCHE D'UNE PLACE :
stress, impuissance, charge mentale et imprévisibilité
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De manière générale, les familles participantes parlent d’un processus de recherche stressant, épuisant, générateur de découragement et de sentiment d’impuissance. Un élément dérangeant souvent mentionné est l’imprévisibilité. L’attente, qui peut s’étendre sur plusieurs mois sans réponse claire, complique la planification familiale et du retour au travail.
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On évoque également une charge mentale qui repose largement sur les mères, responsables de la plupart des démarches liées aux SGEE.
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La lourdeur du processus de recherche d’une place ou l’espace mental et émotionnel que prend celui-ci représente la préoccupation la plus importante évoquée par les parents ayant participé aux séances de discussion.
ACCESSIBILITÉ ET UTILISATION DES SERVICES :
de nombreux obstacles rencontrés
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Manque de places disponibles - 73 %
Particulièrement les places en pouponnière (66 %) et en CPE.
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Difficulté à accéder à un service à proximité du domicile ou du lieu de travail - 54,4%
Dans un contexte de pénurie, les parents doivent souvent élargir leur périmètre de recherche et accepter une place éloignée de leur domicile ou de leur travail. En région rurale, l’offre est parfois inexistante à proximité ou limitée à certains types de SGEE seulement.
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Coûts jugés trop élevés - 34,5%
Faute de place ailleurs, certaines familles - notamment monoparentales - sont contraintes d’opter pour un milieu privé non subventionné, avec des répercussions importantes sur leur budget et leur mode de vie. Devant les coûts élevés, certains parents choisissent même de se retirer du marché du travail.
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Horaires incompatibles avec l’emploi du temps - 30,9%
Particulièrement pour les parents travaillant dans certains secteurs, comme la construction ou la santé. Mentionnons que dans le cas du secteur de la construction, cet obstacle nuit concrètement à la rétention des femmes. Dans tous les cas, il semble que l’arrimage entre l’offre d’horaires atypiques et les parents qui en ont le plus besoin soit à améliorer.
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Difficulté à obtenir de l’information claire sur les services et les démarches - 26,7%
Bien qu’il ne soit pas parmi les obstacles les plus marqués dans le questionnaire en ligne, les séances de discussion ont mis en lumière un important manque d’information sur les SGEE : types de services, statut lucratif ou non, critères de reconnaissance des milieux familiaux, exigences de formation du personnel, questions à poser lors d’une visite, etc. Ce déficit informationnel peut être encore plus important chez les familles immigrantes.
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Qualité éducative perçue comme insuffisante - 24,1%
Les séances de discussion ont également mis en lumière des obstacles supplémentaires, non mentionnés dans le questionnaire en ligne :
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Manque de flexibilité quant à la date d’entrée en SGEE : Le fait que les intégrations en SGEE s’effectuent à des moments spécifiques dans l’année (principalement en septembre) s’impose comme obstacle majeur. Les parents pour qui la fin du congé parental et le retour au travail sont prévus à une autre période sont presque automatiquement pénalisés.
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Pression à accepter un milieu qui ne correspond pas au premier choix : En contexte de pénurie, plusieurs familles se sentent contraintes d’accepter une place ne correspondant ni à leurs préférences ni à leurs valeurs (type de milieu, distance, coût, approche éducative). La difficulté de changer de milieu par la suite accentue ce sentiment de contrainte. Des parents expriment d’ailleurs des inquiétudes concernant la catégorie de référencement #4 du processus d’admission, en lien avec la possibilité de changement de milieu pour les parents ayant déjà une place en CPE ou en garderie subventionnée.
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Expression difficile en tant que parent : En contexte de pénurie de places, plusieurs parents hésitent à exprimer leurs préoccupations, leurs idées ou préférences au sein du réseau des SGEE, par crainte d’être étiquetés « parents difficiles », et ainsi risquer de perdre ou d’obtenir difficilement une place.
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Lieux physiques inaccessibles : Des parents en situation de handicap peuvent devoir refuser une place en SGEE en raison de contraintes d’accessibilité (escaliers, locaux à l’étage) ou de mobilité, comme l’impossibilité de conduire ou d’utiliser les transports en commun lorsque le service est éloigné du domicile.
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Discrimination implicite : Certaines personnes participantes, notamment des parents immigrants ou dont l’enfant a des besoins de soutien particulier, évoquent un accès plus difficile aux SGEE, notamment par des expériences de discrimination implicite. Une intervenante rapporte avoir été témoin de situations similaires chez des familles en situation de vulnérabilité. Dans les milieux familiaux et les garderies privées non subventionnées, des personnes rapportent également des pratiques de sélection de type « entrevue », basées notamment sur le sexe de l’enfant, sa situation ou les valeurs de la famille.
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Défis additionnels pour les enfants ayant besoin de soutien particulier : Ces défis incluent notamment le financement insuffisant, les délais et la lourdeur administrative pour avoir accès au soutien supplémentaire nécessaire, et le manque de personnel formé. Ces situations amènent parfois les parents à débourser davantage ou à renoncer temporairement à un SGEE.
Selon le questionnaire en ligne, 89 % des familles participantes rencontrent ou ont rencontré des obstacles lors de la recherche d’une place ou par rapport à l’utilisation de la place qu’ils ont actuellement. Mentionnons que tous les obstacles inscrits au questionnaire sont également ressortis lors des séances de discussion.

Ce sont surtout les femmes, les familles monoparentales et les régions qui paient le prix fort
Les mères sont en première ligne : 63 % d’entre elles ont dû prolonger leur congé parental, faute de place, et seulement 32 % ont pu reprendre le travail à temps plein malgré le soutien d’un réseau de proches. Ce sont aussi elles qui portent la charge mentale de la recherche et subissent les plus grands impacts psychologiques.
39 % des familles monoparentales et recomposées s’endettent pendant leurs recherches.
Certaines familles de régions sont plus touchées, comme celles de la Côte-Nord en termes de délai entre la date souhaitée et la date d’obtention réelle d’une place en SGEE, celles de l’Abitibi Témiscamingue en termes de perte de revenu et celles de la Côte-Nord en termes d’endettement.

Mais le cœur du problème, ce n’est pas seulement le manque de places.
C’est le manque de personnes qualifiées pour s’occuper de nos enfants.
Des places sont « créées », mais elles n’ouvrent pas, faute de personnel. Cette pénurie de main-d'œuvre, majeure et persistante, remet en question le réel accès aux nouvelles places annoncées depuis le lancement du Grand chantier pour les familles. En février 2024, bien que 239 356 places subventionnées aient été offertes à travers le réseau, seulement 200 256 étaient effectivement occupées. Ainsi, 16 % des places disponibles demeuraient vacantes, ce qui pourrait notamment s'expliquer en raison de la pénurie de personnel.
Et même les milieux existants peinent à maintenir leurs services. En 2024 seulement, 4 000 éducatrices ont quitté le réseau. Surcharge de travail, salaire insuffisant, manque de reconnaissance : ce sont les vraies raisons de cette hémorragie.
Créer des places sans garantir les conditions pour en assurer la qualité, ce n’est pas bâtir un réseau. C’est l’affaiblir. Nous le constatons déjà, par ailleurs, puisque cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée entraîne une instabilité chronique, une pression accentuée sur le personnel restant, des bris de services fréquents et une baisse préoccupante de la qualité éducative.
NOS RECOMMANDATIONS
En nous basant sur les propos directs des parents et les rapports de consultation rédigés par l’INM, nous avons pu élaborer neuf grandes recommandations.
En savoir plus sur nos recommandations
Disponibles le 20 mai.
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Disponible le 20 mai.

